Le Schéma National du Maintien de l’Ordre sonne la fin du maintien de l’ordre à la française, digne héritier du discours du Préfet Grimaud.

Sous les mandatures HOLLANDE et MACRON l’exercice du maintien de l’ordre s’est sévèrement
accru. Il s’agit d’une réponse vive aux réactions suscitées par des annonces politiques
particulièrement impopulaires et mal perçues par l’opinion publique. Il prend aujourd’hui une
place supra-importante dans les méthodes de gestion de l’exercice” démocratique” de l’exécutif.
Depuis 2018 et les évènements de Sivens (Tarn) et des débordements autour de la protestation
contre la “loi travail”, il est apparu que des dysfonctionnements graves dans l’ordonnancement
des opérations de maintien de l’ordre mettaient l’exécutif face à des responsabilités aux effets
désastreux.
Il devenait donc utile pour ce dernier de rassurer les Français face à la répression impopulaire
des mouvements sociaux massifs et de leurs conséquences en terme d’image.
D’abord, afin d’éviter le recours systématique à l’utilisation de la force, l’État a tenté sans succès
de durcir les modalités de participations aux manifestations sur la voie publique, espérant ainsi
juguler un phénomène en croissance constante. C’est ainsi que sont apparus le Décret du 20
mars 2019 sur la participation à une manifestation interdite et la Loi du 10 avril 2019 visant à
renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations.
Cet arsenal juridique n’a pas suffi à dissuader les démonstrations populaires. Il a sans doute eu
l’effet inverse, puisque les protestataires se sont adaptés et parfois radicalisés.
Sur commande du Chef de l’État, Christophe CASTANER, alors Ministre de l’intérieur a produit en
juin 2019, les conclusions d’un séminaire de travail destiné à tracer les grandes lignes du
maintien de l’ordre moderne, exercice plutôt destiné à lisser les apparences, sinon les effets.
Interrompu dans sa lancée, ce projet sera donc repris quelques mois plus tard par l’actuel
Ministre de l’intérieur.
C’est dans ce contexte, que le 16 septembre 2020, un document censé annoncer un M.O.
moderne, rassurant et novateur est présenté au public sous le vocable: Schéma National du
Maintien de l’Ordre. Le dernier datait de 2002, il avait été mis en place par Nicolas SARKOSY,
alors Ministre de l’intérieur.
…/…Alors qu’une réelle adaptation est nécessaire, les décisions du Ministre DARMANIN sont
décevantes et inquiétantes car elle mettent de côté les seules unités spécialisées capables de
gérer de manière professionnelle les débordements.
La France dispose depuis 1944, d’unités mobiles, professionnelles, usant de techniques
éprouvées, mues par l’étique républicaine, qui ont su au fil du temps s’imposer au niveau
international. Certes, tout n’est pas parfait, mais elles demeurent référentes dans le domaine de
la formation au maintien et rétablissement de l’ordre public, animées par une préoccupation
constante d”éviter tout accident ayant des conséquences graves. Elles ont acquis une réputation
respectable. Il est vrai qu’au fil des temps les Compagnies Républicaines de Sécurité comme les
Unités de Gendarmerie Mobile qui ont subi une lourde déflation de leur volume de personnel
sont à la limite de leurs capacités opérationnelles. Elles restent néanmoins, aujourd’hui encore,
les seules forces en capacité d’opérer de manière sérieuse avec des techniques éprouvées.
Ce nouveau schéma national du maintien de l’ordre est une coquille vide, pâle re-sucée du
rapport de l’ Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ) de mars
2019, dont il reprend les conclusions, avec néanmoins l’expression P-Piste réputée pour ses
méthodes singulières qui affleurent ( unités “Théodule” BRAV… issues du même tonneau et du
même auteur que les ERIS de l’administration pénitentiaire). On retrouve, de même source la
tentative d’encadrer la communication que l’on ne maîtrise pas.
Il instille l’émergence d’unités d’un nouveau type, issues des rangs de la sécurité publique et
dont on a connu les limites dans un passé pas si lointain (la plupart avaient été dissoutes). La
mise en place de “réserves généralistes” sporadiquement constituées et issues des rangs de la
sécurité publique, c’est à dire des commissariats encore une fois dépouillés n’est pas et ne sera
jamais la réponse adaptée. Sécurité publique et ordre publics sont deux métiers qui ne sont pas
superposables.
Le message est clair. Le gouvernement a besoin de gommer l’image impopulaire renvoyée par les
épisodes violents du “rétablissement de l’ordre” auquel il a forcé la main. Il n’entend pas pour
autant baisser la garde, les mesures impopulaires se succèdent à un rythme sans précédent et la
grogne sociale est forte. Par ailleurs, les messages d’alertes et les réticences envoyés par les
responsables des unités MO parviennent au sommet de l’État. Les ordres indignes ne seront pas
exécutés. Il ne reste plus pour reprendre la main que la mise en œuvre d’unités hétéroclites et
dociles, moins formées, moins structurées, donc plus fragiles.
La République, la démocratie, comme la confiance déjà vacillante envers l’exécutif n’en sortiront
pas grandies.

https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Actualites/Schema-national-du-maintien-de-l-ordre

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Il y a 2 commentaires
  1. BONNOT à 13 h 45 min

    Les copains et Camarades, vous avez avec la CGT un sacre travail de résistance a organiser avec le monde du travail pour rester les gardiens de République, en lieu et place du rôle de garde chiourme du seul capital au quel voudrait vous cantonner Macron,

  2. ANNIE JOUAN à 15 h 34 min

    Maintien de l’Ordre. De quel Ordre parle-t-on ? l’Ordre Public, républicain ? Ce qui signifierait que la Police est chargée d’assurer l’exercice des libertés accordées par la Constitution , dont celle de manifester, en toute sécurité, personnes et biens protégés.
    Certains cortèges sont infiltrés par des éléments perturbateurs venus spontanément ou envoyés à dessein, exclusivement pour casser, piller, mettre le bazar, et c’est eux qu’il conviendrait de distinguer des simples “manifestants” et de neutraliser. Mission difficile mais après tout on pourrait supposer que les forces de l’ordre sont formées , équipées et présentes pour cela.
    Mais ce n’est pas cette conception qui anime ceux que le pouvoir en place envoie contrer l’expression du mécontentement populaire (tout aussi légitime dans le contexte socio- économique actuel ) des oppositions et critiques aux politiques qu’il conduit et impose arbitrairement. Protégés par des lois opportunes les forces de l’ordre étatique obéissent aux ordres et abusent de leurs pouvoirs répressifs. Le respect qui est dû à une police républicaine sera restauré lorsque la confiance sera rétablie. Cela passe par la Justice, la réelle sanction des abus commis dont ont témoigné maints reportages que ce même pouvoir tente d’empêcher. Sans images pas de preuves contre tous ceux qui outrepassent les pouvoirs accordés par les textes suprêmes que sont la Constitution et la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

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