UN MINISTERE EXSANGUE FACE A 59 SUICIDES EN 2019!

Découragement? Déception? Désespoir? quel sentiment d’abandon et d’isolement peuvent conduire ces femmes et ces hommes à cette extrémité? Quel gâchis!
Dans Libération du 29 décembre 201 9, le Procureur Luc Frémiot qui a pris de courageuses et judicieuses dispositions en matière de traitement des violences conjugales. Il remarquait qu’on traitait les conséquences et non les causes.
Et bien le plus terrible c’est qu’en matière de souffrance au travail, surtout dans la Fonction Publique, on ne traite NI les conséquences NI les causes!
Nous avons atteins la soixantaine de suicidé(e)s en 201 9 et déjà un en ce début d’année 2020, que font-ils ? Un numéro vert ….
Oui la Police va mal, et ce n’est pas d’aujourd’hui. “le malaise dans la Police” a souvent fait les gros titres; notre organisation n’a eu de cesse de dénoncer la dégradation des conditions de travail tant matérielles que physiques et même métaphysiques tant l’image de la fonction policière s’est flétrie et est profond le désarroi des collègues.
Avant on ne nous aimait pas vraiment. Comment aimer celui qui vous rappelle la loi à coup de contraventions, de procédures qui vous coûtent cher au bout du compte. D’autant que la réglementation routière et le montant des amendes croissent en gravité, sinon en intelligence, dans un contexte économique déjà difficile. Au moins étions-nous vus comme nécessaires, surtout lors des attentats… On parle maintenant de la ” haine du flic”. C’est gravissime.
Voilà où nous ont conduits ceux qui ont laissé impunis au fil des années fautes managériales et violences abusives. Ils exposent de ce fait les collègues pour les premières à addictions, dépressions ou suicides et pour les secondes à des prises à partie et des agressions de plus en plus fréquentes et violentes. Si nous voulons être respectés en interne comme à l’extérieur il nous faut être irréprochables et pas uniquement à nos propres yeux.
Quand vont ils comprendre que le management doit changer, que le comportement sur le terrain doit changer, que nous ne sommes pas là pour être rentables mais pour être efficaces dans nos missions de protection des personnes et des biens; qu’on ne doit pas se préoccuper des chiffres mais des humains, ceux que l’on emploie et ceux que l’on traite, et que le seul chiffre qui doit croître est celui des effectifs et de l’encadrement sur le terrain et non planqué dans les bureaux planchant sur les statistiques ou des communiqués.
J’ai manifesté à Paris. Je m’insurge (et m’interpose) quand des Policiers sont insultés lorsqu’ils ne font que leur travail d’assurer le bon déroulement de l’événement mais aussi lorsque j’en vois outrepasser les règles, lorsqu’ils frappent quelqu’un à terre, nassent les gens et les gazent les empêchant en fait de partir paisiblement – même les retraités aux Invalides l’an dernier …
Parfois oui il y a de l’abus, et certes des deux côtés, mais maîtrise et sang froid devraient s’imposer chez nous et donc une riposte juste et mesurée. L’usage légitime de la violence n’excuse pas des ordres illégaux (j’en ai entendus).
L’abandon de la notion de proximité en terme de présence et de contact pour le citoyen, certaines réformes législatives, procédurales ou administratives, des restructurations répondant à des considérations plus politiques que fonctionnelles, la gestion de plus en plus compliquée d’effectifs de moins en moins fournis, un manque de formation des personnels, ont désorganisé la Police et son fonctionnement, sans oublier certaines “affaires” très mal gérées. Tout a contribué à polluer son image dans l’esprit des gens.
C’est sur tout cela qu’il faudrait revenir, en remettant la considération de l’être humain au coeur de la gestion et du fonctionnement des services, des actions menées, des ordres donnés, des missions effectuées et observer le respect des droits fondamentaux dans les rapports entretenus en interne comme avec la population.
J’ai eu affaire à un service de Police parisien dernièrement, à un fonctionnaire incapable de faire le distinguo entre un vol simple et un vol qualifié (avec violence en l’occurrence), la plainte a été classée sans suite “l’enquête (laquelle? je me marre) n’ayant pas permis l’identification de l’auteur des faits…” alors que j’avais fourni l’immatriculation et le numéro d’assurance du véhicule. Et que mon assurance la même que la sienne m’a appris 3 jours après les faits que le propriétaire avait vendu aussitôt son véhicule.
J’aimerais bien voir la procédure… un tampon Vaine Recherche? J’attends depuis un an et demi réponse à mon recours et mon fils attend aussi depuis 18 mois le résultat d’une plainte en non représentation d’enfant, une affaire bien plus grave dans ses conséquences qu’une infraction routière, non? Si j’avais travaillé ainsi je pense que j’aurais dû justifier de ma carence devant mon chef. Tout cela pour vous dire que le plaignant a souvent le sentiment d’avoir affaire à des fainéants ou à des imbéciles ou qu’ils ont d’autres préoccupations que de résoudre ses problèmes. Cela nourrit la perte de confiance, de considération, voire l’animosité… Ne suis-je bonne qu’à me faire bastonner et gazer alors même que je vous respecte?
Toutes mes condoléances et mes regrets aux familles, aux proches et aux collègues de ces malheureux policier(e)s.
Annie Jouan,
Secrétaire Générale de l’Union Fédérale des Retraités CGT-Police
Paris le, 06 janvier 2020

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