Lu pour vous: RÉFORME DES RETRAITES. UN ÉTRANGE SILENCE

Le silence est d’or, encore plus quand il cache l’argent ! Il arrive à la campagne, que l’on soit soudain saisi par le silence, celui du vent, des oiseaux et que paradoxalement, on se dise ainsi que dans une cathédrale, que cela révèle une mystérieuse présence. J’ai ce sentiment au milieu du brouhaha qui accompagne la marche forcée du gouvernement pour son plan retraite. Nous n’aurions rien à craindre, mais le plan économisera 1 7 milliards : à qui seront-ils pris et à qui profiteront-ils ? Silence

Nous n’aurions rien à craindre, car l’année de démarrage du dispositif nous protège : il s’agit donc de faire payer les prochaines générations ? Elles perdront donc ? En faveur de qui ? Silence

Il n’y a rien à craindre en termes de baisse des retraites avec le synthème à points : Et d’ailleurs on va compenser en augmentant le salaire des enseignants. Ils ont quelque chose à craindre et aucune autre
profession ? Silence

Les régimes spéciaux sont une injustice. A qui coûtent-ils ? 500 000 actifs pour 1 ,1 million de pensionnés relèvent des régimes spéciaux, et 1 8
millions d’actifs pour 1 5 millions de pensionnés du régime général. Les actifs futurs bénéficiaires des régimes spéciaux (dont certains statuts sont mis en extinction) représentent moins de 3 % de la population active du régime général. Autant dire que leur réduction est dérisoire en terme comptable. Quel est donc l’objectif ? Silence

Par solidarité, il faudrait que ceux qui ont des conditions difficiles de travail
et qui ont gagné par la lutte des avantages sociaux les abandonnent pour rejoindre la cohorte de ceux qui, justement ou injustement, n’en
bénéficient pas. Cette morale de cours d’écoles qui cultive la jalousie a des effets délétères – et c’est sans doute l’objectif. d’une part, elle indique qu’il
est inutile de se battre pour défendre ses conditions de travail puisque les avantages acquis seront confisqués au motif de l’injustice au regard de ceux qui ne les auront pas gagnés – mais pas en leur faveur.
Régime universel signifie d’abord égalisation sur les plus désavantagés : mais il ne serait pas juste que d’autres se sauvent alors qu’eux se noient. Tous doivent se noyer ? Égalitarisme par le bas, exploitation des rivalités interprofessionnelles, sacrifice des générations futures, culture des revendications corporatistes détissent les solidarités. Et la défaite des solidarités masque un appauvrissement généralisé des plus démunis.
Le gouvernement, chef de l’État en tête, se comporte comme s’il avait eu une révélation économique. Leur certitude quasi paranoïaque exprimerait la volonté quasi divine de sauver le « système », dussent-ils broyer « leurs » concitoyens. D’ailleurs, répètent-ils, ils ont été élus pour cela et tout leur confirme que les français veulent cette réforme.
Que jean-Paul Delevoye, le rapporteur sur le système universel, ait par ailleurs des intérêts idéologiques dans les assurances privées est sans doute un indice de logique d’ensemble, néolibérale, qui commande. S’il y a une inégalité criante, elle se situe entre les niveaux de richesse. Pourquoi n’est-il jamais question des milliards de la spéculation ?
Si l’on veut réellement réduire l’injustice, alors on sait où se trouve l’argent. Oui, pourquoi ce silence d’or sur l’argent offert à la financiarisation qui s’apprête à récupérer, via les assurances, ce que l’on retire dans la poche des retraités.

Mardi, 24 Décembre, 201 9
Par Marie-Jean Sauret Psychanalyste et
auteur

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