LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE S’OUVRE AUX SOCIÉTÉS PRIVÉES!

LE MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR VEUT RÉFORMER PROFONDÉMENT LA POLICE NATIONALE AVEC UNE LARGE OUVERTURE DES MISSIONS AUX POLICES MUNICIPALES COMME AUX AGENCES DE SÉCURITÉ PRIVÉE.
BUDGET A LA HAUSSE ET BAISSE DE MOYENS POUR LA POLICE_:

Le projet de loi de finances 2020, présenté en Conseil des ministres est prévu à la hausse avec 11,07 milliards d’euros proposés au parlement contre 10,96 milliards sur l’exercice de l’année qui s’achève. Avec près de 100 millions d’euros supplémentaires, le Ministère de l’Intérieur annonce la création de 1500 postes, alors que ces derniers seront en fait réservés aux administrations centrales de l’État. Dans la réalité, la police nationale perd 2474 postes_!

La perte sera sèche et relativement mal comprise car «dans le même temps_» des promesses sont faîtes_sur les circonscriptions en difficulté avec la mise en place des «quartiers de reconquêtes républicaines» et de la «_police de sécurité du quotidien». Rien n’exclut qu’a l’instar de ce qui se fait pour la justice avec la fermeture de nombreuses juridictions, les maires qui se refusent à soutenir le parti présidentiel voient les promesses de renfort de leurs commissariats s’envoler en fumée.

C’est également plus de 130 millions d’euros qui manqueront pour le remplacement des véhicules, l’armement, les munitions_; le parc immobilier et sa maintenance, les systèmes de communication et d’information, la formation, etc…
CONTINUUM DE LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE_:

Issu d’un rapport de la mission parlementaire de la Députée de la Drôme, Alice THOUROT et du Député de la Seine-et-Marne Jean-Michel FAUVERGUE, le «continuum de sécurité vers une sécurité globale» est un brûlot qui s’appuie sur le recul des missions régaliennes de police au profit des polices municipales et des entreprises de sécurité privées.

C’est en partie sur cette base que le «livre blanc de la sécurité intérieure» sera présenté début janvier. Son avant projet fait déjà polémique. Il semblerait que ce pavé n’obtienne pas le soutien de la haute hiérarchie comme de la base, pas plus que les suffrages des instances représentatives des personnels (à l’exception du syndicat des commissaires…) On peut néanmoins s‘étonner du silence des syndicats majoritaires sur ce sujet d’importance extraordinaire qui modifiera profondément l’action de la police comme sa place dans la société.
MONTÉE EN PUISSANCE DES POLICES MUNICIPALES_:

Le rapport s’appuie sur le développement et la formation des polices municipales en souhaitant la création d’une école nationale de la police municipale, afin de placer les municipaux au rang de troisième force de sécurité du pays. Une école nationale de territoriaux, il fallait y penser..

En réalité, l’objectif à atteindre se situe au niveau économique et s’opère vers un glissement des responsabilités de l’état vers les collectivités locales qui devront supporter une part importante de la charge budgétaire consacrée à la sécurité des populations.

Le perdant sera le citoyen contribuable qui s’acquittera de la même façon de la pression fiscale sur la part destinée aux forces de police et gendarmerie nationale, mais qui viendra en plus s’acquitter d’impôts locaux destinées au développement et à la prise en compte des frais de fonctionnement des polices municipales.

L’élu, pour ce qui le concerne perdra toute autonomie sur l’emploi de ses agents territoriaux que sont les policiers municipaux car ces derniers seront placés à l’échelon local sous l’égide des préfets et plus largement sous le contrôle direct du Ministre de l’intérieur.

MISE EN PLACE D’UN DISPOSITIF DE SÉCURITÉ GLOBALE IMPLIQUANT LA MOBILISATION DES ENTREPRISES DE SÉCURITÉ PRIVÉES_:

Le glissement le plus dramatique en terme d’éthique républicaine sera de donner, comme le rapport le prévoit et comme le ministre l’annonce, à l’univers de la sécurité privée, en élargissant son domaine d’activité et ses bases légales, un rôle essentiel dans la sécurité du quotidien des français,

Ces officines pourront dès lors qu’on le leur demandera, se glisser dans le domaine de l’excellence, afin d’intervenir sur un large panel d’activités. Le recrutement, la formation des personnels évolueront en fonction de la nature et du budget du chantier confié. On peut néanmoins se poser la question de l’intérêt pour le citoyen de supporter le recours à ce type d’entreprises dont le seul but est le profit. On sait que la course au profit engendre bien souvent des dérives (sous-traitance, économies budgétaires supportées sur la masse salariale, conditions de travail, actionnariat …). Il alourdit inexorablement la pression fiscale au profit du capital.
L’ÉVOLUTION DU CHAMP D’ACTION DU POLICIER OU DU GENDARME ET IMPACT SUR LA CARRIÈRE_:
Les gouvernements qui se sont succèdés depuis des décennies ont tous sans exception appliqué le principe du recul du service public. Les privatisations d’entreprises telles que la Poste, la SNCF, Aéroports, autoroutes etc_.. ont montré qu’elles ne satisfaisaient pas les usagers et ne produisaient pas d’économies. Le seul effet constaté étant de faire cadeaux de ces dernières aux financiers et actionnaires qui les exploitent avec l’apport massif de deniers publics.
La sécurité nationale prends ce chemin et c’est les acteurs régaliens_: policiers nationaux et gendarmes qui vont payer le plus lourd tribut.
Le recul important du nombre de postes ne cesse de restreindre la mobilité souhaitée des agents et plombe l’évolution de carrière. Cette situation devrait s’accroître lourdement avec la mise en place de la sécurité privée dans de vastes secteurs jusqu’ici publics. Ainsi les filtrages aéroportuaires, le contrôle de flux migratoires, la sécurisation des bâtiments et des transports pourraient passer aux mains des entreprises de vigilance. Ils seront autant d’opportunités écartées pour les policiers et gendarmes qui souhaitent la mobilité.
Face à cette concurrence, les conditions de travail pâtirons de comparaisons indiciaires public/privé. Elles ne manqueront pas de se traduire par un alignement par le bas, remettant en cause les modes de calcul de rémunération de la fonction publique. C’est sans doute l’inavouable but de ce qui sont aux funestes manœuvres.

CONCLUSION

Le dépoussiérage de l’administration vieillissante de la Police nationale n’est pas un sujet tabou pour la CGT-Police. Cependant nous aurions souhaité une transformation plus nette sur ce qui concerne l’aspect humain de la pratique de l’art de maintenir la paix quotidienne.

Le gouvernement le nie, mais la politique du chiffre instillée par Sarkozy n’a jamais cessé. Dans les faits, il ne s’agit plus de chiffres, mais d’objectifs. Ces derniers servent à évaluer les chefs de services qui rivalisent d’ingéniosité pour pousser les feux (et récolter les primes). C’est dangereux et improductif car le policier de terrain n’a d’autre choix que de laisser l’infraction se commettre avant de pouvoir intervenir et ainsi marquer un «bâton» qui devient «indice de résultat».

La prévention, base incontournable de l’apaisement de la société est incompatible avec la culture d’objectifs puisque celle-ci n’est pas quantifiable. Il s’agit d’une évidence, qui l’est moins lorsqu’on imagine qu’une police ferme mais attentive du bien-être de ceux qu’elle protège pourrait obtenir l’estime et la considération de la population. Trop proche du citoyen, le policier s’éloigne du pouvoir…

L’analyse des éléments issus du livre blanc est une affligeante prophétie du recul du service public républicain. Moins de policiers et plus de sécuritaire ne résoudra rien. Les polices municipales véritables tonneaux des danaïdes des budgets communaux ne répondent pas aux attentes. L’ouverture de la sécurité publique aux entreprises privées ne sera d’aucun secours tant il est évident que ceux qui les dirigent seront très enclins à satisfaire l’État client y compris si ce dernier devait se laisser aller à l’arbitraire et la brutalité.

La CGT-Police appelle à plus de sagesse, de méthode et de retenue. Les policiers sont une frange ordinaire de la population et souhaitent garder le contact avec leur société. Ils n’ont nul besoin d’ersatz pour accomplir ce que la population attend d’eux. Le maintien des commissariats de quartiers, d’antenne de police dans les villes reculées et l’ouverture de points d’accueil des victimes suffirait à en décupler l’action.

Le Ministre s’oriente sur une politique de cloisonnement de l’action de la police. C’est à dire une plus grande rigidité de l’institution. Par mesure d’économie_? Pas sûr…

C EST TOUJOURS SUR LES PAGES NOIRES DES LIVRES BLANCS LA POSTE FRANCE TELECOM_ QUE S’ECRIVENT LES PAGES NOIRES DU RECUL SOCIAL

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