« Nos revendications sont parfaitement finançables »

On objecte souvent que les revendications que, notamment, la CGT met en avant ne peuvent être satisfaites – voir seulement envisagées – car il n’existe pas de moyens pour les financer.
Rien n’est plus faux.
Arrêtons-nous sur deux d’entre elles
❱❱❱ Les augmentations salariales
En année pleine, une revalorisation de la valeur du point de 1 % entraîne une dépense d’environ 1,8 milliard d’Euros.
À la CGT, nous considérerions comme une avancée significative une augmentation de 2 %, intervenant de manière rapide, même si elle ne pourrait pas l’être pour solde de tout compte.
Un premier calcul conduit à une dépense supplémentaire de 3,6 milliards d’euros pour satisfaire cette première mesure d’urgence.
Mais, en réalité, ce n’est pas le chiffrage qu’il convient de retenir.
En effet, les agents de la Fonction publique – comme les autres travailleurs – s’acquittent de cotisations salariales et d’impôts en particulier sur le revenu.
Or, les 3,6 milliards englobant toutes les cotisations des employeurs publics, il est donc juste et indispensable de prendre également en compte les recettes publiques générées par une augmentation de la valeur du point.
Une fois ce paramètre intégré, la dépense nette se situe aux environs de 2,4 milliards d’euros pour les 2 % de revalorisation.
❱❱❱ Les créations d’emplois
À l’inverse des libéraux, qui font des fonctionnaires une simple variable d’ajustement économique, la CGT estime que le nombre d’emplois dans la Fonction publique ne peut être appréhendé qu’au regard des missions publiques assurées pour l’ensemble de la population et le progrès social.
Faisant une priorité de l’intérêt général, nous avons en conséquence la volonté que le service public soit rendu de manière optimale en même temps que les conditions de travail puissent être améliorées.
C’est donc en toute logique que nous demandons l’arrêt immédiat des suppressions d’emplois qui mettent d’ores et déjà en péril l’exercice des missions essentielles pour les citoyens et détériorent gravement la vie au travail des agents.
Au-delà, nous assumons de réclamer des créations d’emploi dans les nombreux secteurs qui en ont besoin.
Comme pour les salaires, la CGT est prête à négocier sur un plan pluriannuel pour effectuer les mises à niveau indispensables.
Mais, sur cette question aussi, il faut des mesures urgentes. Selon nous, entre 75 000 et 100 000 créations d’emplois sont indispensables dès 2019 sur les trois versants de la Fonction publique.
Ce socle minimal entraînerait entre 2,2 et 3 milliards d’euros de dépenses annuelles.
❱❱❱ Le financement de nos revendications.
Si l’on reprend les deux axes revendicatifs évoqués ci-dessus, le besoin de financement est compris entre 4,6 milliards d’euros et 5,5 milliards d’euros.
Plusieurs pistes peuvent être mises en avant pour dégager les sommes nécessaires à leur financement.
Nous insisterons ici sur deux d’entre elles :
1· Le rétablissement de l’ISF
La suppression parfaitement inique de cet impôt et le nouveau système mis en place qui favorise les plus fortunés, coûtent environ 3 milliards d’euros annuels aux finances publiques au bénéfice de seulement 150 000 à 200 000 personnes.
Si l’augmentation des salaires de plus de 5 millions d’agents et le recrutement de plusieurs dizaines de milliers d’emplois de fonctionnaires constituent un investissement pour le financement de la protection sociale, pour une croissance pérenne et pour la justice sociale, a contrario la suppression de l’ISF est totalement stérile s’agissant de l’intérêt général, fortement pénalisante pour les recettes publiques et absolument indéfendable au titre de l’équité la plus élémentaire.
Dans un souci de justice et d’efficacité, nous proposons donc le rétablissement de l’ISF.
2· Rééquilibrer les aides aux entreprises
Les aides aux entreprises via les dépenses publiques ont bondi de manière stratosphérique ces dernières années, ce qui, en revanche, n’est nullement le fait de la masse salariale des agents de la Fonction publique : plus 3,8 points de PIB dans le premier cas (soit environ 80 milliards d’euros annuels de dépenses supplémentaires), stabilité et même légère régression
• CGT > 263, RUE DE PARIS> 93 514 MONTREUIL CEDEX •
fonction
publique
NOS REVENDICATIONS SONT PARFAITEMENT FINANÇABLES
dans le second.
L’accroissement vertigineux de l’aide de l’État aux entreprises a eu comme effet concret et mesurable… la hausse du chômage !
Si, par exemple, on procédait à une réduction de 5 % du montant global affecté à ces dépenses, on dégagerait ainsi une somme de 6 milliards d’euros.
Et, cependant, l’enveloppe destinée à l’aide aux entreprises serait toujours supérieure de 180 % à celle d’il y a 15 ans ! Quant aux comparaisons internationales, souvent utilisées de manière abusive, elles nous permettent de constater que, même avec cette diminution minime, la ligne budgétaire des « affaires économiques » de la France demeurerait supérieure de 2,2 points de PIB à celle de l’Allemagne et d’1,2 point à la moyenne de l’Union Européenne.
À partir de ces deux illustrations, on pourrait rendre disponible 9 milliards d’euros (3 milliards de recettes supplémentaires et 6 milliards de dépenses en moins) pour les investir dans la satisfaction de mesures socialement et économiquement utiles.
On observe d’ailleurs que, la réponse aux deux axes revendicatifs exposés en amont « ne coûtant » qu’environ 5 milliards d’euros, il resterait de la marge pour réfléchir à d’autres dispositifs participant au progrès social.
En tout état de cause, nos propositions permettent de satisfaire de légitimes exigences tout en n’alourdissant pas les prélèvements dits obligatoires et en ne creusant pas le déficit et la dette publique.
❱❱❱ DES DÉPENSES PUBLIQUES TROP ÉLEVÉES…
AH BON ?
C’est la vérité révélée – pour ne pas dire la formule magique – répétée jusqu’à l’indigestion par l’exécutif, les libéraux, les cohortes de pseudo-experts qui trustent les médias : l’excès de dépenses publiques est la cause de tous les maux !
Trop de dépenses publiques donc et, avec elles, le cauchemar de la dette et du déficit qui entraîne une croissance en berne et un chômage massif. La messe est dite, circulez, il n’y a plus rien à voir…
Pourtant, la réalité est bien éloignée de ces incantations péremptoires.
Le Danemark et la Finlande sont deux pays où les dépenses publiques sont – et ont été – égales ou supérieures à celles de la France.
Depuis des années, la croissance y est cependant supérieure à celle de la moyenne de l’Union Européenne et les taux de chômage (7,9 % pour la Finlande et 5,4 % pour le Danemark) nettement inférieurs à ceux de la France et, pour le Danemark, inférieur à la moyenne de l’UE.
De 2009 à 2012 inclus, pour lutter contre la crise, les États-Unis ont porté leur déficit public à 13 % du PIB (soit 2 fois plus que la France sur la même période et 5 fois plus qu’aujourd’hui).
Pourtant, dans le même temps, le taux de chômage a reculé fortement passant de 10 % à 7,8 % !
Davantage de croissance, moins de chômage : finalement, la dépense publique… ce n’est pas si mal !

 

2018_08_24_DEPENSE_PUBLIQUE

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