Courrier Claude Toulouse, ancien secrétaire général de la CGT-Police à Monsieur le premier adjoint au maire de Champigny sur Marne.

Monsieur le Maire,

Comme beaucoup je suis particulièrement ému de l’agression contre deux policiers de votre localité, surtout que l’un d’eux est une femme sur laquelle on s’est acharné et d’autant plus que moi-même je suis policier en retraite (commandant de police honoraire). Un tel acte n’est pas banal, cette violence ne fait hélas que s’ajouter à celles que subissent l’ensemble des forces de l’ordre, mais aussi les pompiers ou les infirmières aux urgences pour ne citer que ceux-la, tous au service des autres dans le cadre du service public. On peut en être étonné? Certainement pas, car cette violence s’adresse à l’institution même de la part d’une population qui ne perçoit que son sombre avenir dans une frustration sentie comme de l’indifférence.

Par conséquent je suis sensible à votre intervention que j’ai pu lire dans le journal l’HUMANITE auquel je suis abonné. En particulier dans l’acte volontaire pour organiser dans votre commune la police de proximité, j’ai oeuvré à l’époque alors que j’étais secrétaire général de la fédération CGT de la police, je ne puis donc que vous encourager dans cette voie. Vous aurez du travail car je crains que notre gouvernement se limite aux simples intentions.

Sans régler les problèmes sociaux posés, elle devrait permettre d’ouvrir le dialogue avec les jeunes et tous les autres avec l’ensemble des policiers, pour vivre ensemble d’autres horizons. Définir le rôle de la police, ou le redéfinir, au service de la nation dans le cadre d’un vrai service public et ressenti comme tel, car exercé comme tel.

Elle aurait l’avantage de permettre à commencer à se parler, l’autorité, le respect ne s’obtient pas par des mesures sécuritaires de plus, mais par l’acquisition de l’autorité morale. Celle qui respecte, celle qui sait respecter parce que elle veut comprendre, à condition encore qu’on veuille bien lui donner les moyens.

Régler les problèmes de police qui sont d’ordre relationnels ne dépendent pas seulement d’un manque d’effectifs ou de matériels, il n’y qu’à dans un premier temps combler les postes budgétaires qui ne le sont pas, technique, qui sert à ajuster le budget. Je préfèrerais qu’on s’engage vers une formation permanente des policiers, avec un engagement plein et entier de leur hiérarchie: c’est une révolution. Nous devons prendre en compte que nous vivons une société différente en pleine évolution et trop rapidement qui pose des problèmes nouveaux qui ne nous laisse pas toujours le temps de les assimiler.

Mais il faut relever aussi que le seul ministère de l’intérieur ne peut régler tout et qu’il s’agit donc d’un ensemble de moyens et d’intervenants.

Quant aux policiers qui vivent très mal cette situation à des degrés divers, à partir de convictions différentes, il faut comprendre qu’ils ne sont jamais invités aux baptêmes ni aux mariages, mais toujours dans la détresse, ils la vivent avec les autres professionnellement, mais aussi intimement dans leur cité.Faut-il rappeler le nombre de suicides? Au contact trop souvent de la misère, dans une certaine impuissance pour la combattre car ce n’est pas leur mission, certains d’entre-eux et d’autres inconsciemment ont le sentiment qu’ils servent à la faire accepter, sentiment qui est le mien.

Nous sommes donc là devant une grande question politique et économique qui touche: au relationnel jusqu’à le détruire.

Je ne résiste pas à citer cette réplique de notre camarade Jean-Marc COPPALA conseiller municipal communiste à la ville de MARSEILLE à la question posée par la presse locale.QUE PRECONISEZ-VOUS COMME MESURES DE SECURITE ?

REPONSE: MOI JE NE M’ATTARDE PAS SUR LES MESURES DE SECURITES CAR CELLES QUE JE PRECONISENT PAR AILLEURS SONT DE NATURE A COMBATTRE L’INSEC URITE.

Naturellement COPPALA ne confond pas ces mesures sécuritaires découlant de l’ordre établi pour lesquelles une droite et d’autres appellent à durcir, avec les mesures contre l’insécurité qu’il faudrait prendre et qui relèvent du social.

Je terminerai en vous informant que j’ai gardé un excellent souvenir de votre commune et de ses élus communistes, c’est vers la fin des années 1970, la date est imprécise, qu’à la demande du Maire de l’époque j’avais organisé un débat sur les problèmes de police. Je l’avais réalisé avec la fille avocate de notre camarade Rolland WEYL lui-même avocat, et un représentant du syndicat de la magistrature. Ce fût un succès la grande salle des fêtes était comble, les jeunes n’ayant pas de place assises étaient installés dans les allées à terre.

Ce sont les raisons pour lesquelles je crois au dialogue et je me félicite de votre engagement, en espérant que d’autres prennent le même chemin.

Avec mes meilleurs voeux pour vous et tout votre conseil municipal, tous mes meilleurs sentiments fraternels.

TOULOUSE Claude

Lettre Claude Toulouse Maire Champigny 04012018

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