Affaire de Champigny sur Marne

COMMUNIQUE :

Affaire de Champigny

 

Invisibilisées, sacrifiées et instrumentalisées : nous sommes les personnes humaines derrière l’uniforme

 

Ne laissons pas nos adversaires faire dire à L’agression de Champigny ce qu’elle ne dit pas, pour que la souffrance des agentes et agents en charge des forces de l’ordre ne soit pas instrumentalisés à des fins violentes.

 

Si cette agression suscite de l’émotion alors tant mieux, mais alors qu’elle serve au moins les intérêts des principaux intéressées : ces citoyennes et citoyens, trop souvent oubliés derrières les uniformes. Celles et ceux que les français appellent les flics, les poulets, les keufs, la flicaille…

 

Celles et ceux dont les missions quotidiennes illustrent de la manière la plus crue l’injonction contradictoire d’une société schizophrène où l’on essaie de faire coexister le contrat social humaniste et les lois violentes du libéralisme.

 

S’il est un métier qui éprouve de plein fouet les sophismes de notre société, c’est bien le nôtre : non, la protection des intérêts financiers et privés ne permettent pas de préserver les droits fondamentaux de chacune et chacun !

 

S’il est un métier qui peut témoigner du lien qui existe entre domination et violence, c’est bien le nôtre : celui du riche sur le pauvre, celui de l’homme sur la femme, celui des parents sur leurs enfants.

 

Tous les jours, nous sommes les témoins impuissants et corrélativement les victimes de la violence des systèmes de dominations capitaliste qui créent de l’injustice dans les foyers, dans la rue, dans les tribunaux, dans les prisons.

 

Comment ne pas souffrir quand on nous demande à la fois de faire preuve de plus d’humanité et d’empathie et de faire l’usage de la violence de sang-froid, de protéger les plus faibles et de protéger les puissants, d’être plus efficace avec de moins en moins de moyens et de temps.

Nous sommes les fusibles de la folie des choix politiques de notre société et c’est tout à fait insoutenable !

 

Si l’affaire de Champigny fait naître de la compassion, alors qu’elle serve aux femmes et aux hommes, utilisés comme fusibles par les dominants.

 

Que cette émotion permette l’amélioration de leurs conditions de travail aux fins qu’elles ne portent plus atteinte à leur santé et à leurs droits fondamentaux.

 

Que l’opinion publique se transforme en volonté générale, car ces femmes et ces hommes sont muselés (ils n’ont pas de droit de grève et jouissent de droits syndicaux limités), ils ne jouissent d’aucune protection juridique (car sujets à des règles dérogatoires du droit commun). Mobilisez-vous pour que les conditions de travail des policiers progressent : les moyens matériels (locaux insalubres, matériels obsolètes, absence de soutien psychologique et de formations adaptées) mais aussi les missions (pouvoir faire de la prévention, et des missions uniquement portées vers l’intérêt général).

 

Rappelons que le taux de suicide est 40 % plus élevé que la moyenne de la population, qu’une des rares études datant de 2012 faisait déjà apparaître que 40% des policiers se trouveraient en état de Burn Out élevé. (Pas surprenant : 20 millions d’heures supplémentaires)

 

Si l’affaire de Champigny réveille de la colère, qu’elle s’oriente vers les vrais responsables : les dominants.

 

L’Ironie intolérable serait que cette agression soit instrumentalisée pour légitimer des politiques violentes dont les objectifs sont de diviser le peuple et accroître les inégalités.

 

Alors que les bilans de fins d’années révèlent l’obscénité du pillage d’une poignée d’oligarques (les milliardaires se sont enrichis de 1000 milliards de dollars en 2017 !) et font naître un vent de légitime colère chez le peuple, la peur gagne les dominants. Il faut à la fois détourner l’attention mais aussi trouver un moyen de privatiser la force publique (permettre aux agents de sécurité privés de porter des armes)…

 

Si l’affaire de Champigny appelle un besoin de justice alors qu’elle pousse la société à rechercher les causes réelles de la violence. Comment expliquer un tel acte sans tomber dans des réponses trop faciles ? N’avons-nous pas tous une part de responsabilité ?

 

Il n’y a pas de « faillite morale » dans une société qui cherche à comprendre les causes de la violence qu’elle produit au lieu de chercher des boucs émissaires et qui croit fermement dans le progrès !

 

CP 02012018 Invisibilisées, sacrifiées et instrumentalises

 

Contact presse : Anthony Caillé 06 64 46 30 20

 

Paris le, 02/01/2018

Il y a 6 commentaires
  1. Chastagnol à 18 h 21 min

    Ce communiqué posent des questions fondamentales de la situation actuelle. C’est un enjeu de société, qui mériterait d’être débattu largement dans la population pour mobiliser sur les véritables causes et tracer des objectifs de changement politiques nécessaires.

  2. Patrice à 6 h 22 min

    article remarquable, camarades
    Enfin un positionnement pertinent et réfléchi sur la réalité de votre mission et ce à quoi les « Importants » voudraient vous cantonner

  3. Floréale Savarre à 23 h 53 min

    Une analyse intelligente et digne avec laquelle je suis tout à fait d’accord…

    Dans toutes les manifs auquelles j’ai participé j’ai été révoltée des consignes données par la hiérarchie genre nassage de manifestants pacifiques -ou pas données ,par exemple pour bloquer en amont des manifs les fauteurs de troubles identifiés…. J’étais encore plus révoltée en réfléchissant au fait que le pouvoir instrumentalisait des gens du peuple (on ne devient pas policier ou gendarme quand on est né coiffé ) contre le peuple justement.
    Leur formation est souvent négligée et leurs conditions de travail parfois indignes .Qu’il y ait des brutes,des cow boys,des gens qui manquent de sang froid dans la police ou chez les gendarmes c’est tragiquement certain .
    Mais il y a aussi des gendarmes et des policiers républicains. J’ai eu l’occasion de travailler avec de tels fonctionnaires de police ,c’est pourquoi je tiens à le préciser. Quant aux suicides j’ai eu hélas à en connaitre indirectement par le désarroi d’un policier m’apprenant qu’un de leurs jeunes collégues venait de se tuer avec son arme de service dans une cour à l’arrière du commissariat.

    Vite,une police républicaine ,une police de gardiens de la paix au service de l’intérêt général et non pas instrumentalisée en milice des gavés du néolibéralisme .

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